DANS LA TÊTE D’ALAN MOORE


A l’heure où toute l’attention médiatique est dirigée vers le phénomène Watchmen et où tout le monde semble brûler d’impatience afin d’exprimer son avis à propos de cette adaptation.

A BG-BG nous ne pensons pas qu’un énième avis soit nécessaire pour faire avancer le débat (… et aussi pour ne pas dire qu’il ne nous intéresse pas).

C’est d’ailleurs pour ces mêmes raisons que nous allons plutôt nous intéresser à celui qui est à l’origine de tous ces débats -et du comic book en premier lieu- je veux parler de son Auteur Alan Moore.

Oui vous aurez remarqué le A majuscule lorsque je mentionne sa profession, distinction que je n’utilise que rarement et jamais à la légère et qui, ici est largement méritée tant son travail frôle constamment les frontières entre “simple” divertissement, pure littérature et voyage mystique.

 

 

Alan Moore posant devant une gravure représentant Glycon

Alan Moore posant devant une gravure représentant Glycon

 

Je tiens à citer un documentaire intitulé “The Mindscape of Alan Moore”*, qui nous permet de découvrir un peu mieux le personnage et son oeuvre, loin de tout préjugé et de toute polémique. Et qui constitue au final une synthèse assez complète et à jour sur la carrière et sa vie.

Ce docu se présente sous la forme d’un entretien de 80 minutes en tête à tête avec le talentueux scénariste Anglais dans ce qui se rapproche le plus d’un long et très intriguant voyage initiatique à travers son imaginaire.

*disponible en dvd en zone 1 et 2 UK (avec sous titres français, chose assez rare et particulièrement utile dans ce cas précis)

 

 

La jaquette du DVD

La jaquette du DVD

 

 

L’entretien se divise en 2 parties, la première s’attarde sur son enfance dans des milieux difficiles et ingrats de la classe ouvrière d’une ville industrielle Britannique (North Ampton), mais sans entrer trop dans les détails pour plutôt se concentrer sur ses inspirations.

Ce qui l’a influencé dans son travail, son expérience dans l’industrie du comics et enfin ce qu’il a apporté à cette dernière.

 

Parce que ce documentaire est intéressant et que le découvrir par soi-même c’est toujours plus sympa, je ne rentrerai pas trop dans les détails afin de vous laisser l’opportunité de pouvoir découvrir cette entrevue sans en dévoiler toutes les surprises.

Je tiens toutefois à rassurer ceux qui ont peur de voir un gars rouspéter pendant 80 minutes sur les éditeurs de comics mainstream … pas d’inquiétudes, il n’y a rien de tout ça ici, bien au contraire.

 

L’Auteur Britannique aborde bien évidemment la plupart de ses créations (V for Vendetta, From Hell, Swamp Thing, Watchmen, Lost Girls…) en décortiquant chaque titre l’un après l’autre.

L’occasion pour lui de revenir sur leur genèse et surtout leur impact sur le lectorat et de faire un constat personnel assez amer sur la célébrité (d’où la rareté de ses apparitions et de ses interviews).

 

 

Il explique notamment ce qui l’a attiré dans la BD, à savoir le langage qui rend ce support unique, complexe mais accessible et universel.

Un langage où il reconnaît qu’avoir des notions de mise en scène cinématographique sont certes un plus, mais peuvent aussi être un obstacle si l’on n’a pas conscience du pouvoir intrinsèque de l’image fixe (une case peut contenir une masse d’information que l’on ne pourrait dévoiler qu’en plusieurs plans dans un film par exemple ou encore une épuration des traits ou des ellipses et flash-backs contenus sur plusieurs pages, etc).

 

C’est, entre autres, ce qu’Alan Moore se rappelle avoir expliqué à Terry Gilliam dans les années 80 lorsque le talentueux réalisateur l’avait rencontré -qui avait lui même été approché sur le tournage de Munchausen par Joel Silver– pour discuter d’une adaptation de Watchmen au cinéma (mais qui ne porta pas fruit par manque d’investisseurs).

 

MAIS OU RÉSIDE DONC LA DIFFÉRENCE ENTRE ALAN MOORE ET UN AUTRE SCÉNARISTE ?

 

Il faut savoir que lorsque l’industrie approche un scénariste, elle ne cherche qu’à employer un écrivain qu’ils savent talentueux afin qu’il leur ponde une histoire qui se vendra très bien.

Bref si vous embauchez Alan Moore, vous êtes sûrs d’avoir un best seller … mais aussi plein de problèmes à gérer après sa sortie.

Car si pour l’industrie un comic book est une “franchise commerciale”, pour Alan Moore, l’écriture d’une histoire signifie un dévouement total à son travail… dont la fonction ne se limite pas à du simple divertissement ou à un moyen pervers de vendre des produits dérivés.

Il s’agit bien d’un engagement (social, politique, idéologique, humain,…) de la part de l’auteur envers le lecteur, en posant un regard éclairé et satyrique (et parfois même précurseur) sur la société et ses travers.

 

Ce qui nous amène à la seconde partie du documentaire, où l’on découvre mieux la perception particulière des choses et du monde d’Alan Moore.

Un lieu où la frontière entre magie et écriture est vraiment ténue. Un univers fondamentalement mystique où l’auteur revient à la fonction originelle de l’écriture (telle qu’elle était perçue dans l’antiquité ou à l’époque des alchimistes).

Une symbolique chère à l’Auteur pour qui “grimoire magique” désigne simplement un livre, “jeter un sort” revient à manipuler des mots et symboles pour former des phrases dont l’impact va changer des états de conscience, apporter une sorte d’”éveil”.



Dans cet ordre d’esprit, l’écriture n’est plus un simple outil servant au langage, mais il devient une source de vie pour ce dernier ainsi qu’à l’univers qu’il héberge.

 

Au final il s’agit d’une excursion dans un esprit complexe, nous dressant le portrait de quelqu’un de charmant , articulé, brillant avec un point de vue sur son travail et sur les choses  très éclairé et pour le moins surprenant.

 

Mais tout ceci restera incomplet si vous faites l’impasse sur les entrevues de ses collaborateurs –Dave Gibbons, Kevin O’Neill, Melinda Gebbie,…-  contenues sur le deuxième disque.

Entrevues qui sont très conséquentes (une vingtaine de minutes environs pour chaque intervenant). Et qui apportent un point de vue externe et global nécessaire à une appréciation un tantinet plus objective de la personnalité de Moore.

A ce titre, l’entrevue avec Paul Gravett se révèle être un passage captivant, décrivant sa collaboration avec Moore pour son magazine Escape, mais offrant aussi un point de vue érudit et passionnant sur le rôle du comic book dans la société ainsi que sur les différences du comic Américain et Européen.

 

 

Le côté légérement décevant de ce projet réside dans le fait quel l’on n’apprend absolument rien de l’histoire personnelle de Alan Moore (sa famille, son mariage avec Melinda Gebbie la scénariste de Lost Girls, une de ses 2 filles scénariste de comics elle aussi, …).

 

Petit détail intéressant, pour les besoins du documentaire, l’équipe s’est amusée à tourner quelques (brèves mais intéressantes) scènes inspirées par les comics de V pour Vendetta,Hellblazer, Swamp Thing et Watchmen. Ainsi qu’un court extrait audio où l’on peut entendre l’Auteur lire le journal de Rorschach -que l’on trouve dans le comic de Watchmen– et on se rend compte que personne n’arrive à restituer la voix de son personnage mieux que lui.

Si vous doutez de mon avis, vous pouvez vérifier par vous même dans la vidéo ci dessous :



Brouce

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :